Mère célibataire, entrepreneure à la tête d’une marque de café, c’est possible ! Témoignage de Maria, une femme sur tous les fronts

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Mère célibataire de deux enfants, Maria est la définition de la persévérance et que seul notre esprit nous limite ! À la tête d’une marque de café, c’est grâce notamment à une opération de crowdfunding que Maria a pu financer Rituel Café.

Je suis allée à sa rencontre :

Peux-tu te présenter ?

Je suis Maria DION-GOKAN, maman de 2 enfants de 13 et 5 ans, CEO de l’entreprise RITUEL CAFÉ et créatrice de la marque déposée du même nom. Titulaire d’un master en stratégie des entreprises et stratégie à l’international, j’ai exercé pendant une dizaine d’années en relation clientèle, administration des ventes, gestion des litiges et recouvrements puis en tant que approvisionneur acheteur, le dernier poste que j’ai quitté pour créer mon entreprise dans le café.

Raconte-moi ton parcours et ce qui t’a poussé à entreprendre ?

Pendant mes années de salariat, j’exerçais des activités parallèles de vente d’articles, de coach en création d’entreprise et je militais dans des associations de défense de droits d’entrepreneurs ou de ressortissants de la diaspora en France. J’ai toujours été très active. Mais, à la mi-2016, je ne me sentais plus à ma place en tant que salariée et j’avais urgemment besoin de me lancer dans une activité où je me sentirais plus utile, qui aurait plus de sens, où j’aurais de la valeur ajoutée.

Originaire de Côte d’Ivoire, je me suis dit qu’il me fallait trouver une activité qui serait aussi bien utile à mon continent d’origine qu’à mon pays d’adoption, la France.

J’ai tout de suite pensé à l’agriculture puis aux matières premières que sont le café et le cacao. Cependant, j’ai trouvé que le cacao n’avait pas besoin de moi, que je n’aurais pas beaucoup de challenges à mener en le choisissant. Je me suis donc focalisée sur le café. Le hic, c’est que je ne consommais pas du tout de café et il me fallait tout apprendre du café. J’ai décidé de chercher un salon professionnel  du café en France pour m’y rendre et découvrir l’univers de cette matière première.

Nous sommes en Septembre 2017 et le salon des torréfacteurs a lieu à Lyon cette année là. Je réserve mon ticket d’entrée et je pars à Lyon , un dimanche en aller retour pour vivre mon aventure. 
Là, ça a été le choc : De la chaine de valeur du café, je n’y ai vu que ceux qui sont en bout de chaine, les industriels, les fabricants de torréfacteurs, les importateurs, les fabricants de sacs,  des torréfacteurs mais aucun producteur et encore moins Africain.

C’est à cet instant que je me suis investie de la mission de représenter le café Africain ici en France, en intégrant toute la chaine de valeur. Je me suis donnée pour mission de devenir “le porte parole” du café Africain en France, le café Africain gourmet pour que ce continent rime avec haut de gamme et gastronomie. Il a fallu me former mais avant, déguster des cafés pour être crédible et savoir ce qu’était le produit que j’allais commercialiser. Je décide de prendre des cours de dégustation en décembre 2017 puis des cours d’extraction espresso, de latte art, de brewing/methodes douces. Mais ce n’était toujours pas suffisant. Il me fallait aller à la source et me former sur le terrain, sourcer mes produits moi-même, importer mes produits moi-même, les faire torréfier en partie en Afrique et en partie en France.

Bien que l’exportation du café torréfié en UE est soumise à des taxes de douane contrairement au café non torréfié (café vert), je décide d’en importer tout de même. Je suis une entrepreneure engagée. Si je n’importe que du café vert, les métiers de torréfacteur en Afrique ne vont pas se développer et les vocations ne vont pas se transmettre.

J’avais également à coeur de montrer que dans ces pays, ils sont capables de torréfier du café et de répondre aux exigences de la clientèle en France. 
En Mai 2018, j’apprends qu’il y a un salon de l’afrodescendance. Je décide de m’inscrire et de tester mon concept de café 100% Africain et gourmet. Je convaincs ma prof du moment de m’accompagner pour que je fasse mes armes. Il y a eu de la curiosité et de l’engouement autour du stand. Je repars du salon motivée et décidé à partir dans des pays producteurs pour parfaire ma formation et sourcer mes premiers cafés. Sur Instagram, je commence déjà à discuter avec des producteurs. Je suis approvisionneur acheteur de métier, il était donc indispensable que je m’occupe de cette partie. J’établis mon cahier des charges, je rentre en contact avec une prof Française qui est sur le terrain au Kenya et je pars en Juin 2018 parcourir les plantations d’Arabica au Rwanda, Kenya et Ouganda pendant 2 semaines. Je rentre en France riche avec du café mais un projet abouti.

Je dépose le nom de marque en juillet 2018 et je commence les démarches pour le financement et la promotion de mon activité. L’entreprise a été créée sous la forme SASU en janvier 2019.
En Aout 2018, une association me prête 5000 € et me propose de tenter le crowdfunding pour lever 5000 € supplémentaire. Ils étaient en partenariat avec la plateforme TUDIGO, ils ont suggéré mon dossier, qui a été étudié et accepté. Pour la petite histoire il faut savoir que j’avais sollicité la plateforme ULULE et ils n’avaient pas trouvé mon projet pertinent. Pour information, j’ai réussi à avoir près de 15 000 € via mes parents et mes proches, mais il me manquait encore quelques fonds pour mettre sur pied le projet !

Juste pour rappel, tu as fait du teasing avant le lancement de la campagne de crowdfunding, qu’as-tu fais pour récupérer de la base de données et préparer cette campagne ? Comment as-tu mis en place ta campagne de crowd ? cela a-t-il été difficile ?

Avant de se lancer dans une campagne de crowdfunding, la préparation est très importante. La plateforme qui accepte de mettre en ligne le projet, le décortique et donne son avis pour la mise en ligne.
 Une fois que le dossier est accepté, on reçoit un email pour un rdv avec notre coach.
Après ce 1er rdv téléphonique, plusieurs autres ont eu lieu à notre convenance pendant lesquels, on fait le point sur le projet, le montant qu’on souhaite demander, le montant que la plateforme nous suggère de demander, le point sur nos proches, notre 1er cercle (famille), notre 2nd cercle (amis, collègues), notre 3e cercle (amis d’amis et proches, connaissances via les Réseaux Sociaux..), à quel moment les prévenir, des conseils pour construire la page et la rendre attractive, les infos à y mettre, les photos, les compensations intéressantes, etc…

J’ai donc prévenu dans un premier temps mes proches pour qu’ils se sentent prêts à contribuer dès le lancement de la campagne car une campagne qui est lancée et qui n’a aucun contributeur, n’inspire pas les autres donateurs. Ils se diront même que si ses proches ne lui font pas confiance, comment nous on pourrait lui faire confiance? Il faut vraiment amener les  proches à contribuer. Au préalable, on a fait une liste de ces proches là, on leurs a envoyé des messages et demandé des promesses de dons (comme pour le téléthon). Pendant les 2 ou 3 premières semaines, on ne sollicite pas le second cercle. On ne fait pas de pub. Après ce délai, on propose des activités pour parler de sa campagne et lever des fonds, on organise des activités, on sollicite la presse pour relayer le projet et on sollicite le second cercle, on rappelle les enjeux. Si l’objectif n’est pas atteint, les donateurs sont remboursés.

La campagne a duré 45 jours, c’était éprouvant. Pendant cette campagne, j’ai entendu certaines réflexions, certains se sont éloignés de moi, d’autres m’ont fermé la porte. C’est dur, mais seul l’objectif final doit nous booster et nous permettre de persévérer. Finalement, tout s’est joué dans les dernières secondes, et le projet a été financé. Mes proches ont contribué, mais aussi des personnes que je ne connaissais pas, de l’Allemagne, du Japon et d’Afrique, de France, des US. 
Les fonds ont été débloqués, je pense 2 semaines après, par virement bancaire, la plateforme retirant sa commission au passage.
Avec les fonds, j’ai constitué la caution pour le local commercial dont j’avais besoin pour l’activité, j’ai aménagé ce local, j’ai acheté quelques équipements et j’ai constitué les lots des contreparties.

Je recommande aux porteurs de projets de se renseigner sur Youtube sur le lancement d’une campagne de crowdfunding, car en effet, les gens peuvent faire des dotations ou intégrer le capital de l’entreprise. Il y a plusieurs types de crowdfunding !

As-tu eu peur de l’échec, de ne pas atteindre ton objectif ? as-tu préparé des plans B au cas où tu n’atteignais pas ton objectif  ?

J’ai eu peur de ne pas atteindre l’objectif mais je priais pour y arriver. Je n’avais pas de plan B si ce n’est travailler encore plus dur pour réunir la somme dont j’avais besoin pour avancer. J’ai travaillé jour et nuit pour que l’objectif soit atteint. Je ne voulais pas rater cette occasion. Ça met les nerfs à rude épreuve. Mais c’est très formateur, défendre son projet, c’est tellement jouissif. Chaque euro gagné par jour était une satisfaction incommensurable.

Qu’est ce qu’il ne faut surtout pas faire quand on est entrepreneur ?

Chacun vit son aventure en fonction de ses aptitudes, ses choix, ses objectifs. Moi je me suis dit que c’est cette activité qui doit me permettre de prendre soin de ma famille monoparentale. J’ai quitté mon activité de salariée pour me lancer dans l’aventure, j’ai pris un crédit et j’ai embarqué mes enfants. À partir de ce moment, je dois me donner tous les moyens pour réussir. Mon envie de réussir pour les producteurs Africains, pour mes enfants, pour mes proches, pour les donateurs et tous ceux qui m’ont prêté de l’argent… Ils me donnent les armes et la force de me battre chaque jour. 
Il faut se poser la question de savoir ce qui nous a donné envie de nous lancer et de créer ! La réponse nous donnera la force de continuer.

Quel est ton rapport avec l’argent et à quel point c’est important pour toi ?

Maintenant, les priorités ont changé. Je crée de la richesse désormais de façon directe, ce qui n’était pas le cas avant quand j’étais salariée. Je connais donc l’importance de l’argent aujourd’hui. J’ai une satisfaction car je fais ce qui me plait, j’ai une valeur ajoutée, un impact positif sur mon environnement et je contribue au développement et à l’épanouissement des petits producteurs en Afrique.

Si c’était à refaire ?

Si c’était à refaire, je n’aurais pas mis autant de temps entre la fin du salariat et le début de l’activité. Je me lancerais plus tôt. Mes enfants, je  passe très peu de temps avec hélas. Mais ils sont tellement autonomes et très compréhensifs. Ce sont eux qui me donnent cette énergie d’aller plus loin. Je me dis que j’y suis presque quand je vois le chemin parcouru. Bientôt, ils en profiteront pleinement.

Ressens-tu la solitude l’entrepreneur ? Quelles sont tes futurs projets, ambitions ?

Je ne ressens pas la solitude de l’entrepreneur dans le sens où mon activité me fait rencontrer des gens, je fais les foires, les salons, les marchés, j’anime des ateliers et je partage beaucoup ce que je sais sur le café. Je suis en relation avec les producteurs également. J’envisage de sortir des boissons ce mois-ci, avoir ma propre unité de productions de boissons artisanales autour du café et mon unité de torréfaction. Ce sera fait pour 2020.

L’activité de traiteur café sera développée cette année. Elle a été testée fin 2019 auprès de 435 personnes. Ça nous donne de l’énergie pour prospecter encore plus.
Je souhaite que le café Africain soit mieux connu et que les producteurs jouissent du fruit de leur travail.

Merci Maria, on te souhaite beaucoup de succès pour la suite !

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4 Commentaires sur “Mère célibataire, entrepreneure à la tête d’une marque de café, c’est possible ! Témoignage de Maria, une femme sur tous les fronts”

  1. Beaucoup de courage Maria. Ce n’était pas donné. Il t’a fallu la rage de vaincre pour y parvenir. Le chemin sera parsemé d’embûches. Cela ne saurait te désarmer car tu sais d’où tu viens.

  2. Bravo Maria,
    Je te suis depuis le départ, et quand je vois tout le chemin accompli , et tout ton investissement pour ce projet, je reste admiratif.
    Tu es une femme engagée et très courageuse.
    Respect 👏👏👏

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